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L’anatomie du genre
La femme est le corps de l’œuvre d’Axelle Remeaud : des rêves de petites filles aux désillusions sentimentales, du mythe de la tentatrice à celui de Pénélope, de la fertilité à l’obscène médusant. Bouche, seins, sexes, jambes, talons hauts, robes de mariée, motifs floraux… toute la cartographie du féminin décliné à l’envi, symboles émoussés et fragments d’une anatomie qui, isolant les parties du tout, se complait dans le fétichisme. Car si la jeune artiste fait dans le tricot, dans l’introspection aussi bien que dans la dénonciation des stéréotypes misogynes, si son travail tient autant de l’art du portrait que des Gender Studies, elle ne succombe pas aux schématisations ou aux mièvreries d’usages.
L’œuvre n’est pas sage. Loin de là. Espiègle, impertinente, subtile, dangereusement sensuelle. Toute en ironiques contradictions, en ambiguïté critique. Chez elle, la séduction est un piège. L’attirant flirte avec le répulsif. Le désir se mêle au dégoût. Les genres et les règnes se confondent pour une hybridation qui renoue avec la rhétorique formelle des surréalistes et nourrit les imaginaires. Esquissés d’un trait de crayon, séparés du reste du corps, les sexes féminins dessinent des topographies charnelles, s’ouvrent sur des territoires inconnus, touffus, foisonnants − forêts primitives ou créatures chimériques. A l’inverse, la simple photographie d’un paysage indien se charge d’une dimension organique. Pas besoin de travailler au relief ni à la perspective, Axelle Remeaud saisit au vol l’épaisseur des choses, et creuse en profondeur jusqu’à atteindre leur inconscient.
Sur son travail, l’ombre de Louise Bourgeois ou d’Annette Messager se profile. Ou, dans cet érotisme morbide, celles de Hans Bellmer et de Georges Bataille. Des jambes en latex, coupées à hauteur de cuisse, jonchent le sol comme un cadavre, et accueillent la croissance de plantes vivaces. Eros embrasse Thanatos. Au delà de l’image de la femme, de cette fécondité magnifiée ou fantasmée à la limite de la monstruosité, l’artiste questionne le vivant. On pense au héros du Moravagine de Blaise Cendrars qui, remontant l’Orénoque, pris dans une folie naissante, se confronte aux « fleurs velues » et à « l’humus glauque », aux « écoulements » et aux « compénétrations », à cette pourriture de la nature qui n’est autre que la vie même.
Céline Piettre
The anatomy of gender
Woman is at the heart of Axelle Remeaud’s body of work. Through the dreams of disillusioned sentimental little girls she reveals the angel, the temptress, the fertile goddess and the obscene medusa. Mouth, breasts, vagina, legs, high heels, wedding gowns, floral motifs... the entire scope of the feminine conjugated as desire, curvy symbols, and fragments of an anatomy that, separating the parts from the whole, revels in fetishism. The young artist skillfully weaves knitting and introspection with the rejection of misogynist stereotypes, inspired as much by portraiture as by Gender Studies, while avoiding the corny and conceptual.
Far from tame, her work is irreverent, malicious, impertinent, subtle, and dangerously sensual, full of ironic contradictions and critical ambiguity. Seduction is a trap where the attractive flirts with the repulsive, where desire meets disgust. Genres and eras blur to form a hybrid that echoes the formal rhetoric of the surrealists and inspires the imagination. Emerging from the rapid stroke of a pencil, separated from the rest of the body, female body parts reveal carnal topographies, an unknown and complex landscape teaming with life in the form of ancient forests and mythical creatures alike. Alternatively, the simple photograph of an Indian landscape takes on an organic dimension. No stranger to perspective or texture, Remeaud easily grasps the depth of her subject and excavates the territory around it until she reaches the core of its unconscious.
The shadows of Louise Bourgeois and Annette Messager are subtly cast on her work, which also recalls the morbid eroticism expressed by Hans Bellmer and Georges Bataille. Latex legs severed at the thigh are cast on the ground like corpse, inviting perennials to spring up between them. Sex fornicates with death. Beyond the image of woman, beyond a fertility magnified by fantasy to the limits of monstrosity, the artist questions the notion of the living. One is reminded of Blaise Cendrars’s heroes from Maravagine traveling up the Orinoco river, where madness emerges to entangle them in hairy flowers and submerge them in murky waters. Here is the rot of nature which is none other that life itself.
Céline Piettre.
(Traduction Lee Brunet)